mercredi, 12 avril 2006
LA COMPLAINTE D'UN MENDIANT
Ce que je suis n'a rien à voir avec ce corps
Ce que je suis n'est pas visible dans le décor
Ce que je suis vibre sans l'ombre d'un ressort
Ce que je suis est le reflet d'un pur trésor
Dans ce reflet, je ne puis être que mendiant
Cherchant pitance au plus profond du feu ardent
La lumière dont je m'abreuve vient du néant
Comptent pour moi les seuls moments où elle me prend
Tel un veilleur je guette ces passages de feu
Qui m'enivrent tant je suis Amoureux
Dans la caresse intérieure je souris joyeux
L'insouciance resplendit au contour de mes yeux
Quand le sort me renvoie à l'aube des éphémères
Je suis casqué d'éther pour affronter leurs pierres
Adorateurs fâcheux des cendres de naguère
Ils préfèrent usiner leur paradis d'enfer
Rien ne jaillit de leurs auras superficielles
Eprises de saveurs ternes et artificielles
Ils s'enfuient au moindre soupçon d'air essentiel
Ou bien condamnent avec des mines solennelles
L'insensé reprend alors le chemin des fols
Amants qui ont abandonné la pensée molle
Pour trouver l'instant où le temps suspend son vol
Coeur vierge et rayonnant d'une calme farandole
17:05 | Lien permanent | Commentaires (8)
A CEUX QUI N'ONT PAS
O vous qui n'avez pas, ne rêvez pas d'avoir
Vous perdriez alors le temps de votre gloire
Cherchez plutôt le chemin des trésors du vent
La joie et la tendresse d'un éternel printemps
Regardez donc la triste mine des possédants
A leurs biens de poussière enchaînés vivants
L'avidité a ruiné la clarté joyeuse
De ces regards portant trahisons trop nombreuses
D'abord l'envie puis de perdre la sombre crainte
Ont dévoré ces âmes qui de misère sont étreintes
Où sont passées les traces de ce très fol Amour
Qui illuminent les prétendants sans discours
O vous qui n'avez pas, oubliez cet avoir
Soyez certains qu'en lui ne vit que désespoir
A attendre qu'il vous échoit une possession
Vous anémiez la lumière de votre raison
Laissez vos yeux se remplir d'aimable harmonie
Cela suffit pour que s'éveille le temps présent
Du coeur se lève du silence la mélodie
Remplissant de bien-être les yeux de l'ébloui
Cherchez au plus profond la source d'espérance
D'où jaillissent enivrants les délices en fragrances
Ruisseaux de dentellières qui grimpent des sommets
Dans cet abîme dont l'abstinence a le secret
16:55 | Lien permanent | Commentaires (3)
PARURE
D'une flèche était la parure
Empennage embrasé d'azur
Portée par la brise légère
Elle embrassait les courants d'air
Sillage brûlant d'èmeraude
Créant des frissons de chaleur
Tel un ouragan quand il rôde
Avant d'envoyer ses couleurs
Sa pointe de diamant taillé
Cherchait les cibles invisibles
Pour les faire s'émanciper
Dans le fracas de l'indicible
Dans l'aube des incendies notoires
Un chant revivifiait les nues
Tombaient alors les oiseaux noirs
Comme les corps des disparus
Une flèche comme un murmure
Cri qui célèbre l'Ouverture
Caresse d'un vent de lumière
L'envers d'absence du désert
16:51 | Lien permanent | Commentaires (1)
ODE A MICHEL ONFRAY (ET AUTRES ADORATEURS DE LA PENSEE MECANIQUE)
Salut à toi, philosophe du pathétique
Charançon d'inutiles pensées mécaniques
Pondeur de vains discours creux et répétitifs
Vaniteux charlatan amateur de poncifs
De l'hédonisme tu te prétends représentant
Tu n'es pourtant qu'un intellectuel stérile
Plaisir et souffrance ne sont pas différents
Le croient les aliénés, les inconscients débiles
Tes paroles sont fondées par le nauséabond
De la pensée hystérique elles sont les otages
Neurones éteints ne sachant qu'un affreux verbiage
Que tu fais passer pour une belle érudition
Constructeur de viles théories insipides
Tu affirmes fort tes opinions essentielles
Qui se révèleront aussi creuses que vides
Constituées de fragments de superficiel
Tes idées sont du recyclage passéiste
Relooké aux couleurs d'un temps plutôt absent
Tu vends de la soupe aux malheureux indigents
Qui se réjouissent d'avaler ta bouillie laxiste
Le jour où tu sauras définir le sujet
Peut-être écouterons-nous ta prose arrogante
Fondée par l'autosatisfaction délirante
De l'épicier qui aime encaisser la monnaie
Sois rassuré tu n'es pas seul dans cette misère
Ce brouillon d'intellect qui brasse de l'ineptie
Nombreux sont ceux qui se complaisent dans l'avanie
De leurs fronts obtus ne jaillit pas la lumière
16:45 | Lien permanent | Commentaires (4)
POEME SUR PUR NEANT
Je ferais vers sur pur néant
Ne sera sur moi ni sur autre gent
Ne sera sur amour ni sur jeunesse
Ni sur rien autre
Je l'ai composé en dormant
Sur mon cheval
Ne sais quelle heure fut né
Ne suis allègre ni irrité
Ne suis étranger ni privé
Et n'en puis mais
Qu'ainsi de nuit fut doté par les fées
Sur un haut puy
Ne sais quand je suis endormi
Ni quand je veille, si l'on ne me le dit
A peu ne m'est le coeur parti
D'un deuil poignant
Et ne fais pas plus de cas qu'une souris
Par Saint Martial
Malade suis et me crois mourir
Et rien ne sais plus que n'en entends dire
Mèdecin querrai à mon plaisir
Mais non si mon mal empire
J'ai une amie, ne sais qui c'est;
Jamais ne la vis, sur ma foi
Rien ne m'a fait qui me plaït, ni me pèse
Ni ne m'en chaut
Que jamais il n'y eut Normands ni Français
En mon hôtel
Jamais ne la vis et je l'aime fort
Jamais ne me fit droit ni ne me fit tort
Quand je la vois, bien en fais mon plaisir
Et ne l'estime pas plus qu'un coq
Car j'en sais une plus belle et plus gentille
Et qui vaut bien plus
J'ai fait ce poème ne sais sur quoi
Et le transmettrai à celui
Qui le transmettra à autrui
Là-bas vers l'Anjou
Qui le transmettra de son côté
A quelqu'un d'autre
GUILLAUME D'AQUITAINE (1071-1126)
pour ceux que cela intéresse, d'autres représentants de la Fin'Amor :
- Bernard de Ventadour, Raimbaut d'Orange, Rigaut de Barbezieux, Guiraut de Borneil, Chrétien de Troyes, Hélinand de Froidmont, Gace Brûlé, Guillaume de Machaut, Jean Froissart.
16:36 | Lien permanent | Commentaires (0)




