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samedi, 15 mars 2008

FÉMINISATION DES TRANSPORTS

Une femme aveugle conduit
Un bus en flammes
Vers la gare de triage
Un passant endormi
Sur la banquette du fond

Un enfant ébloui
Admire la forme des flammes
Qui lui lèchent la main
Dans le creux d'une vague
Sur une plaine sans embruns

UNE MIETTE

Le bout du langage
Est un miroir
Qui distribue des portraits
A tous ceux qui en émettent
Expressément la demande
Le bout du langage
Est une corolle de soie
Dont le chatoiement épice
Le regard qui la contemple
Dans une caresse de lin

OPTION GEOSTRATEGIQUE

La poésie n’est qu’une seule langue
Quels que soient le nombre de dialectes
Artificiels qu’elle emploie
Juarroz parle à Gibran
Qui répond à Rimbaud
Blake est frère de Pasolini
Qui demande à Silesius
Des nouvelles de Rumi
Pendant qu’Hölderlin
Partage avec Bashô
Les effusions d’Hikmet
Sous l’oeil vigilant d’Aaron Shabtai
La poésie n’a que faire
Des querelles et polémiques inutiles
Dans lesquelles traînent les faunes
De l’infantilisme mercantile
Et de la bonne conscience molle
Engraissés à l’hormone anxiogène
De la consommation

LES LIMITES

Celui qui crache sa haine
Ne fait qu'exprimer une souffrance
N'ayant généralement
Pas ou peu de relation
Avec l'objet de sa diatribe
Qu'elle soit juste ou pas
Mais il est seul à pouvoir
Envisager de sectionner
La racine qui donne naissance
A son cri de douleur

TETE A CLAQUES

Le poète est une tête à claques
Qui sourit en permanence
Sur le surf qui le porte
Au milieu des marécages
Peuplés de Minotaures
Aux langages frustres
Et aux éruditions ampoulées
Par les vapeurs d'alambic
Le poète adore les claques
Qui lui offrent des bâtons
Pour célébrer le resplendir
De la foudre aux ailes d'argent

SANITAIRES

Quel dommage que la baignoire
Ne soit pas d'acrylique pourpre
Et la faïence de sucre vert
Les salles de bain de la psychédélie
Ressemblent plus à des pinèdes
Qu'aux faubourgs de Curaçao
Où les corps de ballet
Maquillent leurs entrechats
Dans la moiteur de l'éosine
Et les flonflons de la valse

TRANCHES D'INSTANT

Ce sont des moments ordinaires
Les plus ordinaires qui soient
Ils sont l'instant
Le seul

Certains les disent sacrés
Pour éviter d'évaluer
Le rapport mathématique
De la folie

Mais ils sont le très ordinaire
L'état naturel de l'harmonie

UN PAS

Il n'y a qu'un pas
Du conditionnel au présent
Mais une éternité de chaînes
Pour décider de le faire

Il suffit juste d'un pas
Pour enfourcher les mustangs
Et reprendre la piste immobile
Qui traverse l'océan

Un pas de rien
Plus petit qu'un entrechat
L'espace d'un clin d'oeil
Une étincelle

WAY HOME

La forêt d'émeraude
C'est comme aller
Vers le pays sauvage
Les yeux portés par une lame
D'argent sur fond noir
Retrouver le goût du vent
Sur des lèvres de feu
Parsemer la mer
De fleurs de corail
Dans l'étreinte d'un sourire

OU S'ANCRE L'ENCRE

L'encre est un filament doré
Voyage vers des pays tropicaux
Voire aux confins d'équateur

L'encre est un fleuve
Propulsé par le cri
D'un murmure de joie
Dans une oreille aux aguets

L'encre est un squatt insomniaque
Qui révèle des mystères
Dévoile des paysages
Et parcourt des nuits de folie
Sous les auspices d'une lune d'argent

HORSES ON A RIVER

La rivière coule à son rythme
Toujours
Elle va vers le pays sauvage
Qu'elle ne quitte jamais

Des cavaliers la regardent
Danser son boléro de reflets
En faisant du canoé
Sur le velours de ses hanches

Sourire sur les broncos
Est plaisir d'écuyère
Flotter sur l'équilibre des lames
Jusqu'à la seringue du maelström