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dimanche, 16 avril 2006

LE VIN DES NUES

L'acidité moelleuse des arômes sans saveur
N'a jamais déchiré les palais sensitifs
Le vin ne se limite pas à sa couleur
Ou aux multiples goûts pointés par l'olfactif

Un ciboire invisible te verse la ciguë
Amertume onctueuse qui t'emmène au-delà
De l'aspect corrodé d'un univers obtus
Dont tu ne seras désormais qu'un renégat

La fièvre froide qui te sert d'illustre abreuvoir
Ne connaît pas de niveaux de température
Elle dissout les fragrances de tout désespoir
Pour dénuder ce monde sans enluminure

Ne restera qu'un point brûlant très essentiel
Qui enivre des vapeurs d'absolument rien
Comme un champignon magique et très irréel
Hallucination atomique sans lendemain

vendredi, 14 avril 2006

MORSURE DE LUMIERE

Rien n'est plus doux que le venin
Et les corrosions qu'il parsème
Quand il pénètre au coeur du sein
Pour rejaillir tel un diadème

L'onctuosité abrasive
De la couleur de l'essentiel
Déflore la toile sensitive
Dans un élan sacrificiel

Comme un parchemin manuscrit
Dont l'encre s'envole en poussière
Et le papier devient flétri
Sous un projecteur de lumière

Mue du serpent dont la peau meurt
Personne pour se montrer déçu
Quand du cratère de la fleur
Surgit le pollen des très nues

jeudi, 13 avril 2006

L'ETREINTE D'UN BAISER ABSENT

Dans ces embrasements sans lave
Qui brûlent sans une étincelle
Sans que d'un feu on voie l'étrave
S'enflamment les formes réelles

Dans ces baisers sans nulle étreinte
Dans un seul coeur resplendissant
Quand les ombres se sont éteintes
S'élèvent alors les anciens chants

Dans l'harmonie d'une saveur d'airain
Absente au point d'en devenir légère
Dans le charme infini du clair matin
Les yeux noyés dans l'odeur de la mer

Milliards d'images qui se lèvent et meurent
Sans qu'un seul cil ait balayé la vue
Tout retombe dans ces calme et splendeur
Sans qu'un bruit ne soit jamais apparu

SANS CAPTEUR NI PERCEPTION

Ce que la parole ne permet pas d'exprimer
Ce que la vue ne permet pas de distinguer
Ce que le toucher ne sait pas appréhender
Ce que l'odorat ne sait pas déterminer

Ce que l'ouïe ne permettra jamais d'entendre
Ce que le goût ne permettra jamais de rendre
Ce que la pensée ne saura jamais comprendre
Le coeur saura toujours comment il faut l'attendre

Le coeur n'est pas la pompe vermeille et mécanique
Le coeur est dénué d'émotions névrotiques
Le coeur repose dans une alvéole harmonique
Où ne résonne aucun mouvement hystérique

Mille horizons bordent son berceau de lumière
Où ne se trouve pas une trace d'atmosphère
Creuset d'azur créant l'incendie permanent
Dont la douceur est l'élément le plus ardent

PRISE EN CHARGE

Porté par la Dame, va serein
Où n'est nulle femme, sans chagrin
Sans regret dans ce feu sans flamme
Il n'est plus de blâme, en chemin

Elle te guidera, vers l'aurore
Monde du trépas, des vrais ors
Loin des paillettes et falbalas
Finis les tracas, soleil mort

Suis aveuglément, la confiance
Marche dans le vent, d'espérance
Abandonne-toi à l'amant
Sois dans le Vivant, insouciance

Murmure de tendresse, non fugace
Parfum d'allégresse, très vivace
Pas une vision enchanteresse
Juste un air de liesse, suis la trace

mercredi, 12 avril 2006

LA COMPLAINTE D'UN MENDIANT

Ce que je suis n'a rien à voir avec ce corps
Ce que je suis n'est pas visible dans le décor
Ce que je suis vibre sans l'ombre d'un ressort
Ce que je suis est le reflet d'un pur trésor

Dans ce reflet, je ne puis être que mendiant
Cherchant pitance au plus profond du feu ardent
La lumière dont je m'abreuve vient du néant
Comptent pour moi les seuls moments où elle me prend

Tel un veilleur je guette ces passages de feu
Qui m'enivrent tant je suis Amoureux
Dans la caresse intérieure je souris joyeux
L'insouciance resplendit au contour de mes yeux

Quand le sort me renvoie à l'aube des éphémères
Je suis casqué d'éther pour affronter leurs pierres
Adorateurs fâcheux des cendres de naguère
Ils préfèrent usiner leur paradis d'enfer

Rien ne jaillit de leurs auras superficielles
Eprises de saveurs ternes et artificielles
Ils s'enfuient au moindre soupçon d'air essentiel
Ou bien condamnent avec des mines solennelles

L'insensé reprend alors le chemin des fols
Amants qui ont abandonné la pensée molle
Pour trouver l'instant où le temps suspend son vol
Coeur vierge et rayonnant d'une calme farandole

A CEUX QUI N'ONT PAS

O vous qui n'avez pas, ne rêvez pas d'avoir
Vous perdriez alors le temps de votre gloire
Cherchez plutôt le chemin des trésors du vent
La joie et la tendresse d'un éternel printemps

Regardez donc la triste mine des possédants
A leurs biens de poussière enchaînés vivants
L'avidité a ruiné la clarté joyeuse
De ces regards portant trahisons trop nombreuses

D'abord l'envie puis de perdre la sombre crainte
Ont dévoré ces âmes qui de misère sont étreintes
Où sont passées les traces de ce très fol Amour
Qui illuminent les prétendants sans discours

O vous qui n'avez pas, oubliez cet avoir
Soyez certains qu'en lui ne vit que désespoir
A attendre qu'il vous échoit une possession
Vous anémiez la lumière de votre raison

Laissez vos yeux se remplir d'aimable harmonie
Cela suffit pour que s'éveille le temps présent
Du coeur se lève du silence la mélodie
Remplissant de bien-être les yeux de l'ébloui

Cherchez au plus profond la source d'espérance
D'où jaillissent enivrants les délices en fragrances
Ruisseaux de dentellières qui grimpent des sommets
Dans cet abîme dont l'abstinence a le secret

PARURE

D'une flèche était la parure
Empennage embrasé d'azur
Portée par la brise légère
Elle embrassait les courants d'air

Sillage brûlant d'èmeraude
Créant des frissons de chaleur
Tel un ouragan quand il rôde
Avant d'envoyer ses couleurs

Sa pointe de diamant taillé
Cherchait les cibles invisibles
Pour les faire s'émanciper
Dans le fracas de l'indicible

Dans l'aube des incendies notoires
Un chant revivifiait les nues
Tombaient alors les oiseaux noirs
Comme les corps des disparus

Une flèche comme un murmure
Cri qui célèbre l'Ouverture
Caresse d'un vent de lumière
L'envers d'absence du désert

ODE A MICHEL ONFRAY (ET AUTRES ADORATEURS DE LA PENSEE MECANIQUE)

Salut à toi, philosophe du pathétique
Charançon d'inutiles pensées mécaniques
Pondeur de vains discours creux et répétitifs
Vaniteux charlatan amateur de poncifs

De l'hédonisme tu te prétends représentant
Tu n'es pourtant qu'un intellectuel stérile
Plaisir et souffrance ne sont pas différents
Le croient les aliénés, les inconscients débiles

Tes paroles sont fondées par le nauséabond
De la pensée hystérique elles sont les otages
Neurones éteints ne sachant qu'un affreux verbiage
Que tu fais passer pour une belle érudition

Constructeur de viles théories insipides
Tu affirmes fort tes opinions essentielles
Qui se révèleront aussi creuses que vides
Constituées de fragments de superficiel

Tes idées sont du recyclage passéiste
Relooké aux couleurs d'un temps plutôt absent
Tu vends de la soupe aux malheureux indigents
Qui se réjouissent d'avaler ta bouillie laxiste

Le jour où tu sauras définir le sujet
Peut-être écouterons-nous ta prose arrogante
Fondée par l'autosatisfaction délirante
De l'épicier qui aime encaisser la monnaie

Sois rassuré tu n'es pas seul dans cette misère
Ce brouillon d'intellect qui brasse de l'ineptie
Nombreux sont ceux qui se complaisent dans l'avanie
De leurs fronts obtus ne jaillit pas la lumière

POEME SUR PUR NEANT

Je ferais vers sur pur néant
Ne sera sur moi ni sur autre gent
Ne sera sur amour ni sur jeunesse
Ni sur rien autre
Je l'ai composé en dormant
Sur mon cheval

Ne sais quelle heure fut né
Ne suis allègre ni irrité
Ne suis étranger ni privé
Et n'en puis mais
Qu'ainsi de nuit fut doté par les fées
Sur un haut puy

Ne sais quand je suis endormi
Ni quand je veille, si l'on ne me le dit
A peu ne m'est le coeur parti
D'un deuil poignant
Et ne fais pas plus de cas qu'une souris
Par Saint Martial

Malade suis et me crois mourir
Et rien ne sais plus que n'en entends dire
Mèdecin querrai à mon plaisir
Mais non si mon mal empire

J'ai une amie, ne sais qui c'est;
Jamais ne la vis, sur ma foi
Rien ne m'a fait qui me plaït, ni me pèse
Ni ne m'en chaut
Que jamais il n'y eut Normands ni Français
En mon hôtel

Jamais ne la vis et je l'aime fort
Jamais ne me fit droit ni ne me fit tort
Quand je la vois, bien en fais mon plaisir
Et ne l'estime pas plus qu'un coq
Car j'en sais une plus belle et plus gentille
Et qui vaut bien plus

J'ai fait ce poème ne sais sur quoi
Et le transmettrai à celui
Qui le transmettra à autrui
Là-bas vers l'Anjou
Qui le transmettra de son côté
A quelqu'un d'autre


GUILLAUME D'AQUITAINE (1071-1126)

pour ceux que cela intéresse, d'autres représentants de la Fin'Amor :
- Bernard de Ventadour, Raimbaut d'Orange, Rigaut de Barbezieux, Guiraut de Borneil, Chrétien de Troyes, Hélinand de Froidmont, Gace Brûlé, Guillaume de Machaut, Jean Froissart.