dimanche, 09 avril 2006
JE SUIS LE FEU
Prend garde à toi, ami lecteur, je suis le feu
Si tu souris, ne lis pas ces mots dangereux
Je suis celui qui rend ardents les bienheureux
Je suis celui qui ensorcèle les ténébreux
Dans mon creuset, je te pétris avec ardeur
Mes flammes sont sans pitié pour tous tes vilains pleurs
Tes larmes je dessèche pour mettre à nu ton coeur
Que jaillisse enfin le visage du fondeur
Surveille tes sens, ami lecteur, je suis le vent
Je balaie toutes tes images de dément
Je ne laisse qu'une plaine en guise de firmament
Dans lequel je fais souffler mes poumons brûlants
Je nettoie le palais du grand incendie
Pour disperser les cendres amères de la nuit
Je suis l'ouragan qui caresse l'oeil qui luit
L'aile qui restaure la mémoire de l'oubli
Sois très prudent, ami lecteur, car je suis l'eau
Je suis celle qui t'inonde et te maintient au chaud
D'un seul geste je peux en toi noyer le héros
Et le garder prisonnier au fond de son cachot
En mon sein tu es né et tu trouves un asile
Le chemin qui t'emmène passe par ma coquille
Sans moi tu es aussi léger qu'une brindille
Ménage-moi si tu veux retrouver la fille
Fais attention, ami lecteur, je suis la terre
Je t'attends depuis cent mille années de lumière
Je suis un point en-deça de toute matière
C'est en moi que s'achève ton parcours solitaire
C'est sur mon promontoire que la Vie commence
Dans un instant de totale allégeance
Dans la mort intégrale du parfum d'arrogance
Une injection létale de massive insouciance
Salut à toi, lecteur, je suis la mécanique
Qui mesure tous les contours du monde électrique
Je suis l'outil qui te maintient dans l'hypnotique
Je suis la transe qui t'a couronné hérétique
Au-delà de mon horizon est la question
Dont la réponse résout toute contradiction
Aucun sens ne s'imprime dans ces mille directions
Une seule récompense en forme d'éxécution
20:40 | Lien permanent | Commentaires (3)
samedi, 08 avril 2006
POETIQUE
C'est le silence que tu dois écouter
Le silence de ce qu'on nomme la perfection formelle
Le silence derrière la rhétorique
Le silence derrière les allusions, les élisions
C'est la quête du non-sens
Jusque dans le sens même
Et réciproquement
Or tout ce qu'avec art j'écris
Est justement sans art
Et tout le plein est vide
Et tout ce que j'ai écrit
Se trouve écrit entre les lignes
GUNNAR EKELOF (1907-1968)
19:05 | Lien permanent | Commentaires (3)
CROYANCES
Seuls ceux qui croient être vivants sans pour autant
Avoir de la Vie découvert les doux secrets
Sont effrayés par ce phénomène permanent
Dont aucun participant n'a décrit l'effet
Comme la Vie la mort est présente à toute heure
A chaque seconde qui passe elle est renaissance
D'un nouveau monde dans lequel bat un nouveau coeur
Création-destruction issue d'une émergence
Mourir au passé à chaque instant pour renaître
Eternel nouveau-né du présent à venir
La mort est joyeuse et sourit à tout martyr
Reconnaissant du simple fait de disparaître
Dans cet unique moment de volupté d'éther
Les saveurs disparues sont autant de merveilles
Il en viendra d'autres différentes mais similaires
En ce même instant vif à nul autre pareil
12:37 | Lien permanent | Commentaires (3)
vendredi, 07 avril 2006
PLUS RIEN
Plus rien qu'un brasier permanent
Plus rien que l'Amour des abeilles
Plus rien que les bras de l'amant
Plus rien que l'ombre du soleil
Et toi, beau ténébreux, qu'as-tu
Que tu puisses mettre en balance
Dans ton monde sans consistance
Où les ombres ne sont que nues
Tu n'as que des rêves avortés
Des projections imaginées
Des choses qui n'adviendront pas
Aussi réelles qu'au cinéma
Ceci n'est pas un jugement
Mais constat du superficiel
C'est dans le pur sacrificiel
Que disparaît l'éclat du temps
18:08 | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 06 avril 2006
LE MENSONGE
Va, mon âme, hôtesse du corps,
Pars pour une ingrate mission;
Ne crains point de toucher les meilleurs;
La vérité sera ta caution.
Va, puisqu'il me faut mourir,
Dire au monde qu'il ment.
Dis à la cour qu'elle rougeoie
Et flamboie comme bois pourri;
Dis à l'église qu'elle désigne
Le bien mais ne fait aucun bien;
Si église et cour répliquent,
Alors aux deux dis qu'elles mentent.
Dis aux potentats qu'ils vivent
En agissant par l'action des autres,
Sans amour à moins qu'ils ne donnent,
Sans aucune force que leur faction:
Si les potentats répliquent,
Dis aux potentats qu'ils mentent.
Dis aux hommes de haute condition
Qui gouvernent l'état
Que leur but est l'ambition
Leur pratique seulement la haine:
Et s'ils font une seule réplique,
Alors dis-leur à tous qu'ils mentent
Dis à ceux dont le luxe brave le plus
Qu'ils continuent de tendre la main en se mettant en frais
Eux qui, dans leurs plus grandes dépenses,
N'aiment que l'attention qu'ils forcent:
Et s'ils font réplique,
Alors dis-leur à tous qu'ils mentent.
Dis au zèle qu'il manque de ferveur
Dis à l'amour qu'il n'est que luxure
Dis au temps qu'il ne mesure qu'agitation
Dis à la chair qu'elle n'est que poussière
Et ne souhaite pas qu'ils répliquent
Car tu devrais leur dire qu'ils mentent.
Dis à l'âge qu'il se consume chaque jour
Dis à l'honneur comme il s'altère
Dis à la beauté comme elle se flétrit
Dis à la faveur comme elle vacille
Et s'ils doivent répliquer,
Dis à chacun qu'il ment.
Dis à l'esprit comme il chicane
Sur points subtils et incertains.
Dis à la sagesse qu'elle s'embrouille
A force de vouloir être sage:
Et quand ils répliqueront,
Tout net aux deux dis qu'ils mentent.
Dis à la physique son outrecuidance
Dis à la connaissance qu'elle est prévention;
Dis à la charité sa froideur;
Dis à la loi qu'elle est litige:
Et lorsqu'elles répliqueront
Dis-leur toujours qu'elles mentent.
Dis à la fortune son aveuglement;
Dis à la nature son délabrement;
Dis à l'amitié sa noirceur;
Dis à la justice sa lenteur;
Et si elles veulent répliquer
Alors à toutes dis qu'elles mentent.
Dis aux arts qu'ils n'ont pas de substance
Mais varient au gré des opinions;
Dis aux écoles qu'elles manquent de profondeur
Et ainsi ne se dressent que sur apparences:
Si arts et écoles répliquent,
Aux arts et aux écoles dis qu'ils mentent.
Dis à la foi qu'elle a fui la cité;
Dis comme le pays s'égare;
Dis que l'homme se déprend de la pitié;
Dis que la vertu recommande le moins:
Et s'ils répliquent,
Ne manque point de leur dire qu'ils mentent.
Ainsi quand tu auras, comme je
Te l'ai enjoint, toutes ces mèches éventées,
Puis donc qu'au démentir
Il n'est châtiment moindre que le poignard,
Te poignarde qui veut
Il n'est aucun poignard qui ton âme puisse occire.
SIR WALTER RALEIGH (1552-1618)
23:25 | Lien permanent | Commentaires (0)
LA CONDITION HUMAINE
En vain l'on a obtenu une naissance humaine
Nombreux sont ceux qui ont droit sur ce corps
Le père et la mère disent:"C'est notre enfant",
C'est pour leur propre avantage qu'ils l'ont nourri
L'épouse dit:"C'est mon mari!",
Et, telle une tigresse, elle s'apprête à le dévorer...
Femme et enfants le fixent avidement,
Comme des chacals, la gueule ouverte!
Corbeaux et vautours attendent sa mort,
Cochons et chiens guettent son cadavre...
Le feu dit:"C'est moi qui dévorerai ce corps",
L'eau dit:"C'est moi qui éteindrai le feu!"
La terre dit:"C'est à moi qu'il reviendra",
Le vent dit:"C'est moi qui disperserai ses cendres..."
Cette maison que tu appelles ta maison, pauvre sot,
C'est l'étau qui te serre à la gorge!
Tu as considéré ce corps comme tien,
Et tu t'es égaré dans l'attachement aux biens sensibles,
O insensé!
Nombreux sont les ayants droits à ce corps,
toute ta vie, tu en pâtis,
Et tu ne reprends pas tes esprits, fou que tu es,
et tu cries:" c'est à moi, à moi!"
KABIR (1440-1518)
13:31 | Lien permanent | Commentaires (6)
LA NUIT
La nuit est ivresse royale
Amour torride du superflu
Nature du très imaginal
Union avec un monde échu
Itinéraire vers le natal
Tentation du rien d'absolu
Emotion des sens sans lumière
Silhouettes mortes d'hier
Triste caresse de la matière
Les lueurs reviendront un jour
Oubliés seront les atours
Unité retrouvée d'Amour
Belle aurore en gants de velours
Liberté d'aller sans retour
Ivre de clarté sans détour
12:29 | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 05 avril 2006
DEMANDE
Demande lui ce qu'est le temps
Il te dira tu n'as pas d'age
Dans ce temps qui n'est pas vraiment
Tu l'apprendras dans le naufrage
Dans la caresse de l'intérieur
Le silence t'enlacera
Tel un amant vers un ailleurs
Vers un autre monde qu'ici-bas
Sois l'amante de la confiance
Et tu sortiras du tunnel
Crois seulement ton innocence
Tu te découvriras très belle
Oublie passé et avenir
Abandonne toi au moment
Aucune idée de devenir
Dans les bras absents de l'instant
Quand tu connaîtras la réponse
Tu apercevras mille soleils
De toi ne sera plus une once
Il n'y aura plus que merveille
22:25 | Lien permanent | Commentaires (0)
SOUS UN CERISIER BLANC
Les départs et les retours sont mouvements
Immobiles de la pensée qui s'étourdit
D'images héroïques ou d'obscurs sentiments
Dans une virtualité très consentie
Partir au bout d'un cercle noir d'écume étrange
Pour découvrir que dans la bulle est le miracle
Quel voyage irréel dans la poussière d'ange
Quelle surdité aux paroles nues des oracles
Revenir au point de départ jamais quitté
Plonger dans les plus profonds abîmes de l'enfer
Pour rejaillir au sein de l'abyssal éther
Et là n'être plus rien que cendre consumée
Se tenir prête et attentive aux vents qui passent
Dans le délice inaltérable du feu givrant
Bardée de silence et lumière est la cuirasse
Harnachés de vapeur sont les chevaux du temps
20:08 | Lien permanent | Commentaires (0)
SCORIES
S'il reste des étoiles bleues
Dans le clair de tes yeux
Ce sont des sarments d'illusions
Onirisme de la passion
Le prophète n'a plus aucun rêve
Il est la parole qui soulève
Les flots mènent sa barque étrange
Vers l'apogée du saut de l'ange
Les peurs ont fui devant son ombre
Brûlées les chimères de l'espoir
De rien son bagage n'encombre
Que la lumière du miroir
Il n'est ni disciple ni maître
Dans cette enveloppe irréelle
Investi dans le disparaître
Coeur énamouré d'essentiel
10:31 | Lien permanent | Commentaires (8)
mardi, 04 avril 2006
PIERRE JEAN JOUVE (1887-1976)
Le cerf naît de l'action la plus claire
De l'inhumanité trouvée avec sa détresse
De l'extrême chaleur au flanc des icebergs
Et du torrent remontant le cours de ses pierres
Le cerf naît de l'humus le plus bas
De soi, du plaisir de tuer le père
Et du larcin érotique avec la soeur
Des lauriers et des fécales amours
Le cerf apparaît dans les villes
Entre des comptoirs et ruisseaux
Méconnaissable sous la lampe de mercure
Quand le ciel, le ciel même prépare la guerre
(extrait de sueur de sang, 1933)
PHENIX
Comme les vraies saisons sont lentes et comme les montagnes sont arides
Comme les hommes sont présents sans sentir le flot de leur coeur
Comme les vagues de la mer meurent les unes dans les autres pour produire une lueur à la crête des plus avides,
Le poète écoute le Temps qui inscrit très près de son coeur les traits d'une plume de fer.
Ce n'est point votre ouragan, mortels enrichis de moteurs,
Ce n'est pas votre angoisse vide à la recherche du soleil différent d'une autre terre
Ni vos discours sans verbe ni vos moribondes chaleurs
Qu'il sent dans le mouvement des nuits raccourcissant son erre.
C'est ce qui le porte vivant à traverser au dernier jour une eau calme et souterraine
Et ce qui fleurira les arbres et dès après son départ poussera plus follement la harpe énorme des vents
Ce qui soulèvera d'amour la vaste poitrine du sol quand l'étoile bleue de la mort apparaîtra sur la plaine,
Tout ce qui toujours pensera, miroir concave du firmament.
(extrait de lyrique, 1956)
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lundi, 03 avril 2006
LES RACINES DU TEMPS
Dans ce jardin qui n'est qu'une partie de toi
La femme qui n'est qu'un aspect de ce fameux roi
Attend que du serpent tu ne sois plus la proie
Et qu'il te guide ardent vers la source de joie
Le plus intelligent des animaux créés
Doit emmener le héros vers sa destinée
Si les filles d'Islande connaissent le miroir
Il n'est nul celte pouvant se perdre dans le noir
Comme une double spirale d'énergie immobile
Une hache anglaise indique le seul vrai point
Promontoire vide surplombant tous les lointains
La raison aliénée doit sortir l'atrabile
Pour qu'à l'occident se lève un soleil serein
Prélude harmonieux de l'arrivée du clair matin
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